Exclusif : les confidences de Bill Gates sur la crise sanitaire, le changement climatique

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Bill Gates a un plan pour lutter contre le changement climatique et ses conséquences catastrophiques, et le coût est moins élevé que l’on ne croit. La quatrième fortune mondiale tient à rappeler deux chiffres : 51 milliards et zéro.

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Chaque année, 51 milliards de tonnes de gaz à effet de serre (GES) sont émis dans l’atmosphère à cause des activités humaines. Pour éviter une crise climatique, il faudrait réduire ces émissions à zéro d’ici 2050 et Bill Gates a un plan dont le coût est moins élevé que l’on ne croit. L’entrepreneur et milliardaire américain mise tout sur l’innovation et expose son plan dans son dernier livre, Climat : comment éviter un désastre. Les solutions actuelles, les innovations nécessaires (éd. Flammarion).

Avant la sortie de l’ouvrage, l’ancien patron de Microsoft avait confié à Forbes les raisons qui l’ont poussé à écrire ce livre. Il a également partagé des détails que le livre n’aborde pas, notamment le montant de ses investissements dans les entreprises « zéro carbone » (et lesquelles parmi elles sont les plus prometteuses) ainsi que ces prochains investissements.

Selon Bill Gates, le but principal du livre est de déterminer quels secteurs de l’économie produisent ces 51 milliards de tonnes de GES. Lors d’une interview, l’entrepreneur a déclaré : « Le cadre numérique réel, qui est la base pour résoudre tout problème… ce cadre fait défaut ». L’objectif à atteindre de zéro émission d’ici 2050 n’est pas irréalisable et l’entrepreneur américain est optimiste à ce sujet.


Répartition mondiale des émissions de GES : 51 milliards de tonnes

En 2020, la pandémie a permis de réduire les émissions de GES de 5 % selon Bill Gates. Néanmoins, sur une année « normale », la planète émet 51 milliards de tonnes de GES dans l’atmosphère.

Source : Climat : comment éviter un désastre, Bill Gates


Bill Gates admet volontiers, dans son livre et en interview, qu’il est loin d’être le porte-parole idéal sur la question du changement climatique. « L’idée même qu’une personne dise qu’elle sait ce que nous devrions faire induit, à juste titre, une forme de scepticisme », affirme le milliardaire américain. « Le monde ne manque pas d’hommes riches qui ont de grandes idées sur ce que les autres devraient faire ou qui sont persuadés que la technologie pourra régler tous nos problèmes », écrit Bill Gates. Il admet également posséder de grandes maisons et voler en jet privé. Toutefois, pour chaque vol en jet privé qu’il effectue, il achète pour 400 dollars de crédits de compensation carbone : « Je ne peux pas nier être un homme riche avec des opinions. Cependant, je crois que ces opinions sont éclairées et j’essaie toujours de m’informer davantage ».

En 2015, Bill Gates alertait déjà sur les dangers d’une pandémie mondiale et sur les moyens à mettre en place pour s’y préparer. Concernant le changement climatique, là encore ce n’est pas sa première intervention. En 2010, dans un TED talk, l’entrepreneur américain enjoignait déjà à réduire à zéro les émissions de GES d’ici 2050. Par la suite, il a continué à consulter des experts sur le sujet et à se pencher sur les nouveautés en matière de sciences et de politiques climatiques. En 2015, il s’investit dans l’accord de Paris sur le climat : il appelle le président de la République de l’époque, François Hollande, et l’encourage à demander aux pays d’augmenter leurs budgets de R&D pour investir dans les technologies propres. Vingt pays ont sauté le pas et « bien que ces derniers n’aient pas doublé leurs budgets de R&D, nous avons constaté des changements. C’est à ce moment-là que le secteur s’est concentré sur la question de savoir si telle ou telle innovation pouvait être réalisée », souligne Bill Gates.

Afin d’établir un cadre précis en matière de progrès et de coûts pour les innovations sans carbone, l’ancien patron de Microsoft et son équipe ont imaginé un concept : « Green Prenium » (littéralement, « prime verte »). Bill Gates explique que la prime verte représente la différence de coût entre un produit ou un procédé qui n’émet pas de carbone et un autre qui en émet. Dans le secteur des voitures pour particuliers, les primes vertes ont chuté à tel point que de plus en plus de personnes achètent désormais des voitures électriques (bien que seulement 2 % des ventes mondiales de voitures soient des véhicules électriques). Toutefois, dans le secteur de l’industrie les primes vertes sont plus élevées. Selon Bill Gates, « pour l’acier, le béton ou encore le transport de carburant, comme c’est le cas dans l’aviation, les problèmes sont plus difficiles à résoudre. » Quels sont ces problèmes ? Pour le milliardaire américain, il est difficile de mettre en place de nouveaux procédés permettant de réduire à zéro les émissions de GES de ces activités. La recherche ne fait que commencer, c’est pourquoi il est important que les gouvernements augmentent leurs budgets de R&D.

Combien tout cela va-t-il coûter ?

En décembre 2020, Bill Gates suggérait sur son blog que les États-Unis créent des Instituts nationaux d’innovation énergétique pour que le pays serve d’exemple en la matière. L’idée est de créer ces institutions sur le modèle des National Institutes of Health (NIH, Instituts américains de la santé, NDLR.) qui constituent le cœur de la recherche médicale outre-Atlantique avec un budget d’environ 37 milliards de dollars. Selon l’ancien patron de Microsoft, le gouvernement américain dépense actuellement 7 milliards de dollars par an pour la R&D en matière d’innovation énergétique. Ce budget devrait être multiplié par cinq pour atteindre le budget alloué aux NIH.

Bill Gates suggère également d’accorder des crédits d’impôt pour des innovations comme les parcs éoliens en mer, le stockage de l’énergie et les nouveaux types d’acier (ces crédits d’impôt sont déjà mis en place pour l’énergie solaire et éolienne). « Si le gouvernement Biden adopte cette démarche et qu’il double ou triple les avantages fiscaux qu’il accorde, alors je pense qu’il aura réalisé une immense contribution », explique l’entrepreneur américain.

Peu importe que ces innovations viennent des États-Unis ou d’ailleurs, l’important est qu’elles restent financièrement accessibles pour des pays comme l’Inde. Actuellement, les États-Unis produisent 14 % des émissions de GES mondiales. De ce fait, si seulement ce pays réduit à zéro ses émissions, le problème ne sera pas résolu.

Dans quoi Bill Gates investit-il ?

La fortune de Bill Gates s’élève à 124 milliards de dollars et provient de sa participation dans Microsoft et d’autres investissements. Dans le livre, le milliardaire explique qu’il a investi « plus d’un milliard de dollars » dans des entreprises qui tentent de réduire à zéro leurs émissions de GES. Il précise par ailleurs qu’il est probablement le plus gros investisseur dans les technologies d’extraction directe du CO2 dans l’air. En outre, deux des entreprises dans lesquelles il a investi produisent de la viande végétale : Impossible Foods et Beyond Meat. Enfin, il qualifie certains de ses investissements de philanthropiques, c’est le cas notamment de son investissement dans un modèle climatique open source qui vise à montrer comment produire de l’électricité pendant de longues périodes de mauvais temps ou en cas d’arrêt de l’énergie éolienne et solaire.

Néanmoins, l’investissement le plus important de Bill Gates demeure TerraPower, un fournisseur de réacteurs nucléaires avancés appelés réacteurs à ondes progressives, qui sont composés d’un cœur en uranium enrichi. L’ancien patron de Microsoft a fondé cette entreprise en 2006 avec Nathan Myhrvold, un ancien ingénieur de Microsoft et cofondateur d’Intellectual Ventures, une société de recherche technologique qui détient plus de 70 000 brevets. En 2017, TerraPower s’associe à une société chinoise et devient une coentreprise. À l’époque, l’objectif était de construire un premier réacteur en Chine. Toutefois, ce projet a été sabordé par le gouvernement américain qui, fin 2019, a bloqué la coopération des États-Unis avec la Chine sur l’énergie nucléaire civile. Désormais, l’objectif est de construire une usine pilote outre-Atlantique. En octobre 2020, le département américain de l’énergie a accordé un budget de 80 millions de dollars à TerraPower pour la construction de cette usine. L’accord prévoit cependant que la moitié du budget provienne du secteur privé. À cet égard, Bill Gates a affirmé qu’il serait le principal investisseur.

L’entrepreneur américain espère que la construction de l’usine pilote sera terminée d’ici cinq à sept ans : « Si tout se passe comme prévu, dans dix ans peut-être nous verrons se multiplier ce type d’usine, idéalement par centaine, et c’est ce dont nous avons besoin pour lutter efficacement contre le changement climatique ».

Bill Gates a également investi dans des entreprises « zéro carbone » par le biais du fonds d’investissement Breakthrough Energy Ventures. « Récolter des fonds a été plus simple que je ne le pensais. […] J’ai passé près de 22 appels et reçu une vingtaine de réponses positives pour récolter le premier milliard », déclare l’ancien patron de Microsoft. Parmi les investisseurs, on retrouve de grosses fortunes telles que Jeff Bezos, Vinod Khosla, John Arnold ou encore John Doerr. Là encore, le principal investisseur reste Bill Gates. Jusqu’à ce jour, Breakthrough Energy Ventures a investi dans 40 entreprises, dont QuantumScape. Cette dernière développe des batteries au lithium métal pour les véhicules électriques, mais ne fait pas encore de chiffre d’affaires. En novembre 2020, l’entreprise devient un SPAC (Special Purpose Acquisition Company, une société sans activité opérationnelle dont les titres sont émis sur un marché boursier en vue d’une acquisition ou d’une fusion future dans un secteur particulier et avant une échéance déterminée, NDLR.). Bien que de nombreuses entreprises en soient encore à leurs débuts, Bill Gates en décrit certaines comme étant « vraiment surprenantes ». C’est le cas notamment de QuidNet qui cherche à stocker l’électricité en pressurisant l’eau et en la poussant sous terre : lorsque de l’énergie est nécessaire, l’eau est libérée et passe par une turbine, créant ainsi de l’électricité.

En janvier 2021, Breakthrough Energy Ventures a réuni un milliard de dollars supplémentaires pour investir dans des procédés industriels tels que le béton à faible empreinte carbone ou la production d’acier, et dans des technologies d’extraction directe du CO2 dans l’air. L’objectif de Bill Gates est d’investir d’ici cinq ans « plus de deux milliards de dollars » dans des technologies « zéro carbone ». Pour quelqu’un dont la fortune s’élève à plus de 120 milliards de dollars, un tel investissement est dérisoire.

Néanmoins, un autre investissement de Bill Gates, qui a fait la une des journaux récemment, semble aller à l’encontre de son objectif « zéro carbone ». En effet, début février, Cascade, le fonds d’investissement de l’entrepreneur américain, s’est associé à Blackstone Group et à la société de capital-investissement Global Infrastructure Partners pour acheter Signature Aviation (montant de l’opération : 4,7 milliards de dollars), le leader mondial des FBO (Fixed Base Operation, service commercial, NDLR.) dans le secteur de l’aviation privée. Pendant la pandémie, le nombre de voyages en jet privé a explosé. Toutefois, ces voyages émettent une grande quantité de GES. Cet investissement semble donc incompatible avec la volonté de l’ancien patron de Microsoft de réduire à zéro les émissions de GES.

L’ouvrage de Bill Gates influencera-t-il les gouvernements à investir davantage dans des technologies « zéro carbone » ?

Cela n’est pas une certitude pour l’instant, néanmoins la bonne nouvelle est que la lutte contre le changement climatique est l’une des quatre priorités du gouvernement Biden. Par ailleurs, bien que le livre traite de sujets importants, il est relativement facile à lire et parsemé d’observations personnelles de l’auteur. On trouve même une photo de Bill Gates et de son fils Rory en train de visiter une centrale géothermique en Islande. L’ancien patron de Microsoft précise également qu’il conduit une voiture électrique, une Porsche Taycan Turbo, qu’il décrit comme étant « ridiculement belle et ridiculement chère » (150 000 dollars, voire plus).

Le but premier de Bill Gates est de donner à la population les clefs pour débattre sur les moyens de lutter contre le changement climatique : « J’espère que nous pourrons faire basculer la conversation en partageant des faits avec les personnes qui nous entourent, les membres de notre famille, nos amis, nos dirigeants. Et je ne parle pas uniquement des faits qui nous incitent à agir, mais aussi de ceux qui nous montrent les actions qui seront les plus bénéfiques ».

Pour autant, l’influence du livre sur les décideurs politiques se vérifiera si le gouvernement Biden décide d’adopter l’une des mesures proposées par Bill Gates dans son ouvrage. Selon l’ancien patron de Microsoft, « je pense qu’avec ces augmentations [des dépenses], nous ferons ce qui doit être fait, pas seulement pour nous [Américains], mais pour le monde entier. »


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